Les dents de la sagesse

Du sens

Je suis tellement heureuse, fière, soulagée de mon parcours et de son issue. Se sortir comme je l’ai fait d’années de dépression et d’addictions, de quête perpétuelle de moi même… Finalement j’y suis arrivée, j’ai fait les bons choix… Mes intuitions étaient bonnes !
Mais j’ai tant douté.
Je suis portée par une énergie folle. J’ai besoin d’écrire et d’écrire, de fixer noir sur blanc tous ces mots, donner du sens aux événements, y voir clair, me comprendre, me connaitre, m’accepter telle que je suis et ne jamais céder à la facilité. Tout ça pour finalement éclairer la vérité telle qu’elle est, crue et moche parfois : oui, tes parents ont foiré. Non, ta mère n’avait pas le droit. les violences, les coups, les médicaments, les maltraitances, les insultes, les humiliations… Elle n’avait pas le droit. Oui, ton père a laissé faire, sans rien dire. Oui, il a essayé de te rendre responsable de tout ça. Oui, il m’a reproché, à moi, d’être responsable de la déception que sa vie familiale lui inspirait. Alors que tu étais une victime, qu’il aurait dû te protéger, car c’est le devoir d’un père de protéger son enfant, de veiller à sa sécurité. Oui, j’ai ensuite fait confiance à des personnes qui ont su profiter des failles que cette enfance creusé en moi, consciemment ou inconsciemment. Oui, j’ai réussi à faire de belles choses malgré tout, des études longues (ok, je n’ai pas persisté jusqu’au doctorat mais tout de même ! 7 ans environ de sacrifices et de travail acharné ! Des diplômes, des mentions très bien, être major de ma promo… !) une carrière artistique, du courage, de belles histoire, d’amour et d’amitié… J’ai fait de belles choses. Des moins belles aussi. La drogue, l’alcool, les tentatives de suicide et les crises de larmes, tout annuler, tout peindre en noir. Mais c’est mon parcours. Il est bien tel qu’il est, j’en suis fière.
Aujourd’hui je ne cours plus après les diplômes et la reconnaissance de mes pairs artistes. Plus besoin. Je travaille à la construction de ce graal : la confiance en moi. Car je pense que ce n’est pas quelque chose qu’on trouve, qu’on a ou qu’on a pas, c’est quelque chose qu’on construit. Aujourd’hui je veux vivre et y trouver du plaisir. Contribuer à ce foyer, y apporter de la beauté, de la joie de vivre, un salaire, de la chaleur et de la bienveillance.
C’est infiniment symbolique que mes dents de sagesse choisissent ce moment précis pour m’emmerder. Je pense effectivement avoir ENFIN réussi à mettre un peu de sagesse dans ce bordel qu’était ma vie. C’est douloureux, la sagesse, mais ça en vaut la peine.