Les dents de la sagesse

Être ou ne pas être

J’ai reçu beaucoup de retours sur mes textes ces derniers jours, sur le forum mais surtout en privé. Beaucoup de compliments et d’encouragements, qui mettent du baume au cœur, mais aussi pas mal de curiosité. Je répondrai ici à quelques questions.

H. Me demande qui je suis et quel est mon âge.
J’ai 33 ans bien que cela me paraisse inconcevable et que je me sente parfois bien plus jeune, parfois bien plus vieille.
J’ai brièvement envisagé une carrière de danseuse dans la danse contemporaine vers 18/19 ans à laquelle j’ai dû renoncer suite à des blessures à répétition. J’ai ensuite fait des études dans les sciences humaines, j’ai un master en recherche et je visait le doctorat dans l’optique d’embrasser l’enseignement universitaire. Cependant mes envies (besoins?) artistiques m’ont rattrapés. Je ne m’épanouissais qu’intellectuellement à l’université, il y avait trop de sacrifices à faire dans ma vie de femme, ma vie sociale ainsi que mes très divers et très nombreux centres d’intérêts. Donc à 26 ans, je me suis extirpé de la fac pour me consacrer à ma vie artistique et renouer avec toutes les choses futiles et agréables qu’on met souvent à la porte sans même s’en apercevoir lorsqu’on combine études exigeantes/jobs alimentaires. J’ai renoué avec les sorties entre amis, les mondanités aux vernissages de mes collègues, la séduction, les séries qu’on regarde jusqu’à 3 heures du matin, les heures "perdues" devant les boutiques en ligne… J’ai pour la première fois de ma vie embrassé la joie et la futilité… Et finalement, cela n’a rien de futile !

Malheureusement, un deuil assez compliqué a rouvert chez moi les blessures et les failles qui m’avaient profondément abîmé durant mon enfance et auxquelles je n’avais jamais réussi à faire face malgré des années d’analyse. J’ai fui la réalité durant des années, souvent à l’aide de drogues et d’alcool, et je me suis peu à peu enfoncé dans une dépression dégueulasse et toute une série de tentatives de suicide, timides au départ, puis de plus en plus sérieuses. J’ai réussi à sortir de ce cercle vicieux le jour où j’ai trouvé une oreille bienveillante. En deux années j’ai réussi à sortir la tête de l’eau et à affronter ce monstre que je fuyais jusqu’alors : J’ai réussi à admettre, clairement, sans explication, sans excuse et sans détour que ma mère avait été violente avec moi depuis aussi loin que mes souvenirs me portent, et que mon père ne m’avait jamais protégé. Ce fut un travail très difficile et dense à fournir que d’envisager l’ampleur des violences et le système mortifère qui les entouraient. Car en plus d’avoir dû subir des violences physiques, psychologiques et des maltraitances de la part de ma mère, j’ai dû aussi subir les réprimandes et les punitions de mes deux parents qui me considéraient (inconsciemment, je l’espère...) comme responsable de l’échec de leur vie familiale… et de leur vie en général.
Cette situation familiale dysfonctionnelle a encré en moi un sentiment de honte, de culpabilité et de haine de moi même terrible qui a failli avoir ma peau. Ma psy a résumé toutes cette problématique par le terme "hémorragie narcissique" et cela me parle. Je dois avouer que le simple fait d’être en mesure de déclarer "Je ne suis pas coupable de tout ça" m’a vraiment aidé a enclencher le travail de reconstruction. (edit : Petit point psychanalytique : J’avais écrit "je ne suis pas capable de tout ça" et effectivement, je ne suis pas capable de tant de violence et de méchanceté!)
Donc aujourd’hui j’en suis là : Travail de reconstruction entamé et bien mené jusque là ! J’arrive même à avoir confiance en moi et en mes capacités. Je sais qu’il y aura des moments difficiles et que la route sera longue mais j’ai enfin trouvé un certain confort en moi même qui me permet de faire face aux choses sans me détruire. J’ai également réussi à éloigner des personnes que je soupçonne d’avoir utilisé mes failles pour leurs propres intérêts et je suis actuellement entourée de bienveillance et de générosité, ce qui me permet de travailler sans être sur mes gardes. Et puis je suis très amoureuse, et ça l’air de rien, ça facilite tout !

Mes projets actuellement sont donc de mener à bien ce travail sans pour autant lui laisser la place centrale dans ma vie, faire une reconversion pour envisager un avenir financier plus stable qui me permettra de vivre sans devoir penser à l’argent en permanence (parce qu’une vie d’artiste c’est quand même épuisant) de continuer mon travail artistique qui fait profondément parti de moi, et puis de pouvoir enfin m’ouvrir au monde débarrassée de toute cette violence.

[EDIT : Je m’aperçois que je n’ai répondu qu’à une seule question. A. et D. je ne vous ai pas oublié ! Je répondrai à vos questions dans mes prochains écrits]