Les dents de la sagesse

Fatigue

Réveillée aux aurores par une crise d’asthme. Le traitement aux corticoïdes m’empêche de me rendormir.

Cet événement m’incite à évoquer un épisode représentatif de la violence que ma mère m’a infligé… Mais parfois ça me fatigue de toujours devoir revenir là dessus. J’ai bien compris que je n’avais pas le choix et que je devais tout passer en revue, voir la réalité en face de façon froide et neutre, prendre conscience de la gravité de tout ce qui a pu se passer. C’est la seule façon de se débarrasser du poids, de la honte, de la colère, de la violence. C’est la seule voie vers la résilience. Mais il y a des jours… Je n’ai vraiment pas le courage. J’ai juste envie d’avancer, de penser à moi, à mon petit quotidien, à mes passions et à mes lubies du moment. Ce que je souhaite le plus au monde ce n’est pas l’argent ou la célébrité, c’est d’être madame tout le monde. Être cet espèce de freaks écorchée vive qui traîne partout ses bagages émotionnels c’est exaspérant. Alors il y a toujours un(e) relou(e) pour dire à ceux qui souffrent "mais c’est du passé ! Faut aller de l’avant!" Merci monsieur/madame le/la philosophe mais l’être humain est ainsi fait : il ne peut pas fuir ses problème et ses traumatismes. En tout cas pas à long terme. Et croyez moi j’ai essayé ! Par contre je crois profondément à la résilience et j’y travaille dur, chaque jour, depuis quelques mois. J’avais essayé timidement étant plus jeune, mais c’est quelque chose qui demande une implication totale. C’est terriblement ennuyeux. Heureusement ça n’empêche pas de continuer à vivre mais ça prend beaucoup de temps et d’énergie. La résilience pour 2019 ? J’y travaille ! Et j’avance de jour en jour, je peux mesurer mes progrès. C’est un marathon que je me dois à moi même, je dois prendre le temps d’extraire ce cancer de ma tête, de me guérir, de cicatriser. Je pense à l’étape suivante : peut être rejoindre une association ou témoigner ? Passer de l’individuel au collectif. Car malheureusement je ne suis pas la seule à devoir survivre à ça. Le grand tabou des violences maternelles n’est pas tendre avec ses victime et la société n’est pas prête à leur tendre la main, autant qu’elles s’entraident. Mais bon là je mets la charrue avant les bœufs. J’ai encore du travail avant de penser à tout ça.

Donc voilà, je ferai cet effort d’évoquer cet incident, bien que je n’en ai absolument pas envie, au nom de la résilience:
Lors de ma première grosse crise d’asthme, alors que je n’étais pas encore diagnostiquée, j’ai commencé par tousser, puis par m’étouffer, puis peu à peu à perdre tout mon souffle. Je n’avais plus qu’un minuscule filet d’air qui passait à grand peine dans mes poumons, provoquant un sifflement dégueulasse. J’étais chez ma mère, je lui ai demandé de l’aide, elle a refusé d’appeler les secours. Elle m’a tendu des somnifères en me disant que je me rendormirais et que je la laisserai enfin dormir tranquille. J’étouffais totalement, je n’arrivais pas à parler aux secours qui étaient débordés et qui ne comprenaient rien et je commençais à paniquer (ce qui est une mauvaise idée quand on a du mal à respirer). C’était durant la canicule de 2003 et heureusement pour moi la maison était phonétiquement très mal isolée… Le voisin mitoyen, qui ne dormait pas à cause de la chaleur, a entendu mes appels à l’aide puis mes sifflements, il est venu voir ce qui se passait, a appelé les secours et m’a ainsi sauvé la vie. Je suis tombé dans les pommes avant que les médecins ne puissent me donner de l’oxygène. Le voisin m’a ensuite raconté que les médecins ont passé un savon à ma mère qui râlait de leur intrusion, il m’a proposé de porter plainte… Je ne sais plus ce que j’ai répondu mais ce qui est sûr c’est que cette plainte n’a pas été déposée. J’avais simplement honte je crois. Et j’avais eu peur, j’avais déjà subit ses coups, elle m’avait déjà poussé dans les escaliers, alors de quoi je m’étonnais ? Et bien je ne sais pas. Je crois que je me trouvais dans le déni le plus total. Plus tard j’ai essayé d’en discuter avec elle. Elle m’a expliqué qu’à cause de moi elle n’arrivait pas à dormir et que, comme d’habitude, j’étais bruyante et je l’incommodais. J’ai failli mourir parce que madame était incommodée par sa fille en train de s’étouffer dans la pièce d’à côté.