Les dents de la sagesse

Foirer

J’ai complètement foiré. Une enfance entière à m’entendre des horreurs m’ont rendu insensible. Je peux être méchante, cassante, méprisante, sans même m’en rendre compte. Un sujet qui m’énerve et hop, je détruis tout, je me détruis par la même occasion, je fais du mal à ceux que j’aime sans le vouloir. J’ai du mal à prendre conscience de la portée de tout ça. C’est depuis que je suis avec Jean, qui peut se montrer un peu colérique parfois, que je m’en rend compte.

Je me sens en dessous de tout. Je me déteste. J’ai fait des efforts énormes. Mais il y a encore ces miettes de colère qui jaillissent parfois. Je veux qu’elles disparaissent entièrement et devenir enfin celle que je suis au fond de moi, depuis toujours, pas celle qui doit se protéger, se justifier, débattre, argumenter. J’aimerais être moi-même, paisiblement. ça va me prendre du temps et de l’énergie.

Je veux devenir celle que je suis. Pouvoir enfin lâcher prise, baisser ma garde, n’avoir rien à prouver… Maintenant qu’il n"y a personne pour me faire chier autour de moi, je peux me le permettre ! C’est si dur et si long à enlever une armure…
Quand j’étais petite, le premier jour d’école on nous demandait toujours ce qu’on voulait faire plus tard. Je répondais toujours "Manon des sources". Je suis un peu comme ça, un peu libre et sauvage. Incroyablement douce. Les enfants et les animaux ne s’y trompent jamais. Il ne voient pas l’armure de colère chez moi, ils voient la douceur. J’ai du caractère, des opinions, mais de l’ouverture d’esprit. Je n’ai aucun problème à avouer avoir tord ou à me remettre en question. J’accepte les défauts des autres. Je suis bienveillante pour les personnes que j’aime mais je ne me force jamais à communiquer plus que nécessaire avec les personnes que je n’apprécie pas, je reste diplomate mais c’est tout. Je déteste le conflit mais je ne l’évite pas. Je suis fragile, mais je suis forte aussi, quelque fois.

Je ne veux pas que tout ça soit gâché par un manque de confiance en soi pathologique (hémorragie narcissique disait ma psy) et une peur de l’abandon pétrifiante et délirante. Je ne veux pas devenir esclave de ces deux malédictions. Je suis sorcière, je saurai m’en débarrasser.

J’ai contacté un psy aujourd’hui, pour continuer mon analyse une fois installée dans ma nouvelle ville. Je commence sérieusement à chercher du travail demain. J’espère commencer rapidement. Je suis prête à déplacer des montagnes, je suis capable de m’améliorer, tous les jours un peu plus.

Je ne vais pas m’apitoyer et me répandre en excuses. Les progrès ne sont pas linéaires… Les petits couacs ne remettent pas en cause la progression. Je reprends ma progression, tranquillement, obstinément. Même si je foire à nouveau.