Les dents de la sagesse

Il y a trois ans

En janvier 2016 j’étais au plus bas. Je "préparais" mon mariage avec Kylian. Je pleurais sans savoir pourquoi. J’avais un travail que je détestais dans un domaine que je détestais encore plus. J’avais des responsabilités énormes et jamais aucune reconnaissance malgré les résultats. Quand je demandais quelles étaient les priorités ou les nouvelles orientations à prendre on me répondait toujours "comme tu veux" "fais toi plaisir" ou encore "éclate toi!" ... Comme si ce travail n’était en fait que plaisir et loisir et que je le faisais pour ma simple satisfaction ou pour booster mon ego… Non les mecs. Je le fais parce que vous en avez besoin et que vous m’avez embauché pour le faire. Bosser avec des gens qui se prennent pour des rock stars et qui brassent toute la journée de l’argent liquide qui ne sera jamais déclaré et qui rechignent à vous payer… c’était mauvais pour mon moral. Pas mes valeurs, pas mes convictions, encore moins ma culture.
Il y a trois ans j’entretenais une amitié terriblement toxique avec Jessica, qui se pointait chez moi à l’improviste… Enfin, pas exactement… Nous avions eu une dispute à ce propos, elle m’avait trouvé "très dure avec elle" de lui reprocher de venir chez moi à l’improviste dans la mesure où elle m’envoyait toujours un texto quand elle partait de chez elle et que quand on prévient, ce n’est pas à l’improviste. Dans la mesure où la plupart du temps je ne voyais pas son texto avant son arrivée et que visiblement mon avis ne comptait pas, je me trouve assez légitime de parler de visite à l’improviste… Tout cela vous donne un aperçu de la vacuité et du chichitage qui pesait sur tous les échanges que je pouvais avoir avec cette personne.
Il y a trois ans j’étais alcoolique. J’essayais d’arrêter de boire. Je me rappelle d’une semaine que j’avais passé seule, Kylian était loin pour son travail et Jessica était occupée ailleurs… Je n’avais pas bu une seule goutte d’alcool durant une semaine et je ne m’étais jamais senti aussi bien ! Mais Kylian et Jessica trouvaient toujours une excuse pour fêter quelque chose, à moins qu’ils aient passé une journée difficile et qu’ils aient besoin de se détendre… alors ils ramenaient 2, 3 bouteilles de vin à la maison, et puis des bières pour le film du soir, et du martini pour l’apéro… Je leur avais explicitement demandé de ne pas faire ça. Mais mon avis comptait peu. Ils me disaient toujours "oui, oui, pas de problème, je te comprends, je te respecte." Mais dans les faits rien ne changeait. Parfois je surprenais Jessica en train de remplir mon verre à mon insu. Un jour, j’ai joué le jeu et j’ai compté les verres. Elle en a bu deux alors que nous avions bu deux bouteilles. Pourquoi faisait-elle cela ? J’ai quelques débuts de réponses terribles. Elle a su se loger dans la faille que mon enfance a creusé chez moi et y a joué ses propres problématiques, sans respect aucun pour mon intégrité. Je n’avais pas les armes pour me protéger de ça jusqu’à récemment. Donc inutile de préciser que Jessica ne fait plus parti du décor !
Il y a trois ans je vivais une histoire "d’amour" triste avec Kylian. On avait cru être amoureux et on voulait y croire. Nous étions tous les deux sincères mais on se trompait. Je pense que les choses lui convenaient plutôt bien. Il a une personnalité très renfermée, très contrôlante. Très peu de place aux sentiments débridés et à l’amour fou dans sa vie. Moi évidemment, je m’ennuyais. Je l’ai trompé, durant des années. Je me sentais très coupable au début, me promettant à moi même de ne jamais recommencer, puis j’ai recommencé, et je me suis senti de moins en moins coupable. Kylian faisait comme s’il ne remarquait rien, ce qui a commencé à me blesser. Dans ma vision entière et passionné de l’amour, ce genre d’arrangement est inacceptable ! Et voilà un malentendu amoureux qui prend racine et qui signe la mort d’un couple. J’ai beaucoup de respect pour Kylian et avoir dû le quitter, les blessures qui ont accompagné la rupture, j’aurais aimé ne jamais avoir a les lui infliger. Mais c’était un malentendu, je n’étais pas moi même à ses côtés. Je dépérissait et personne ne mérite de vivre aux côtés de quelqu’un malheureux… C’est trop dur.
Il y a trois ans je venais de rompre avec le dernier amant en date, Gabor. Une histoire passionnée, tortueuse, destructrice avec ce "vieux" fou slave de 15 ans mon aîné. J’étais terriblement malheureuse.
Il y a trois ans je ne comprenais toujours pas ce qui avait cloché quand j’étais petite. Pourquoi autant de tristesse et de violence autour de ma naissance ? Je pensais que c’était moi le problème, je pensais que je foirais tout, que c’était mon essence. Le malheur, la violence, c’était moi, j’étais comme ça.

Du coup, il y a trois ans, un jour, sans que je prémédite quoi que ce soit, j’ai avalé toute la boite à pharmacie, me surprenant un peu au passage. Puis je me suis allongé sur mon lit et je me suis endormie. Je me suis réveillé 3 jours plus tard à l’hôpital avec l’affreux sentiment d’être passé tout près de la mort et de me retrouver vivante, comme une conne, avec toute une vie à nettoyer, à ranger. Par chance je n’ai eu aucune séquelle au foie ou à l’estomac. 3 ans plus tard je suis heureuse des avancées ! Plus de boulot pourri, plus de relation triste, plus d’adultère, plus d’amitié toxique, encore un peu d’alcool, certes, mais "avec modération", et puis surtout beaucoup de bonheurs et d’amour. J’ai encore du travail, mais après tout, je n’ai que 3 ans.