Les dents de la sagesse

Toxiques

Deux jours sans. Ce matin et hier matin j’ai été assaillie par des flash-back. J’ai néanmoins réussi à faire face à la situation. Il y a quelques années encore, j’avais pour habitude de m’intoxiquer avec tout ce qui pouvait me tomber sous la main (alcool, drogues, médicaments, etc) jusqu’à tomber dans les pommes pour fuir la réalité. Les flash-back se faisant de plus en plus fréquents au fil des années, cette "solution" devenait assez handicapante, et depuis ma tentative de suicide, le processus me semble trop dangereux. J’ai vécu dans un semblant de confort depuis la TS jusqu’à il y a quelques mois : les antidépresseurs et anxiolytiques m’ont préservé assez efficacement de ces sensations. J’ai arrêté toute médication au mois d’août dernier, sans réelle difficulté.
Alors voilà, ce matin et hier matin ce fut assez violent. Des souvenirs bien enfouis m’ont sauté à la gorge. C’est sans doute le résultat de mon récent passage chez mes parents, les quelques petites réflexions assassines et autres sous entendus d’un cynisme à glacer le sang… Mais voilà. Je vais vivre. Je vaux mieux que ça. Je le sais. Si la seule séquelle visible que j’ai aujourd’hui c’est deux mâtinées de déprime après des événements lourds, je prends. Je saurai faire face.

Pas mal d’alcool ces dernières semaines, les fêtes de fin d’année servants d’excuse toute trouvée, néanmoins aucun comportement trop inquiétant, l’alcool étant un toxique que je supporte et que je maîtrise sans trop de difficulté. Cependant quelques jours avant mon départ pour chez mes parents, j’ai cédé à l’angoisse : J’ai falsifié une ordonnance pour obtenir des benzos et des hypnotiques. Un dérapage, sans aucun doute. Je n’ai pas envisagé de nouveau cette issue, ni hier, ni ce matin. Je la rejette en bloc d’ailleurs. Je ne veux plus que ma vie soit rythmée par les toxiques. De 2012 à 2016 la situation a viré au grotesque. J’essayais d’arrêter de boire, pour compenser je me suis noyée dans les médocs. Ma vie n’était plus que pharmacies de garde et boites qui s’amoncellent, avec toujours cette angoisse de manquer. La codéine était trouvable en vente libre à l’époque, un "ami" me ramenait de l’hydrocodone, Jessica me donnait des boites et des boites de xanax, de lexo, de tramadol, de zopiclone et de cet horrible seresta. Je me demande encore comment elle arrivait à se faire prescrire tout ça, et pourquoi elle me donnait ces boites… Enfin à l’époque… Je ne me posais pas de questions, je prenais et je remerciais tout en espérant qu’elle m’en ramène très vite. J’ai même été impressionnée et heureuse qu’elle me ramène du valium en quantité assez époustouflante. J’ai fait quelques trucs nuls. J’ai piqué une plaquette de séresta a mon grand père malade d’alzheimer en mettant cette disparition sur le compte de sa confusion… Je n’ai pas le look d’une tox, j’ai l’air en pleine santé avec mon teint clair, mon sourire à toute épreuve et mes grands yeux, on me soupçonne rarement d’addictions ou de dépression. C’est un peu mon malheur d’ailleurs, car aucun généraliste n’a su prendre au sérieux mes appels à l’aide avant ma TS. Ils se bornaient à me prescrire des médicaments phytothérapeutiques, bien insuffisants à mon état de détresse intense. Ce n’est qu’après ma TS que les médicaments m’ont été prescrits. Les antidépresseurs et benzos ont mauvaise presse, mais une fois consommés à rythme d’ordonnance ils m’ont vraiment permis de souffler et de changer de vie, même si ça a été une vraie plaie de m’en débarrasser.

Bref, après tous ces efforts je ne ferai pas machine arrière. Je veux vivre et être heureuse.