Les dents de la sagesse

Vouloir?

Mon moral remonte. Du coup la question professionnelle me rattrape. J’ai ce projet bien ficelé et raisonnable m’offrant un boulot intéressant, bien payé, qui emploie partout en France, qui rendra enfin mon master utile…
Je suis dans cette ville en grande partie parce c’est l’une des rares a accueillir une école proposant ma formation...
Donc voilà… Mes problèmes de dents de sagesse étant résolus, mes vacances étant finies, me voici me confrontant à mes devoirs professionnels… Contacter l’école, chercher un financement pour ma formation… Dans 6 mois je dois quitter la ville, il est temps que je m’y mette.

Et puis je me suis rappelé ce projet avorté l’année dernière ! J’ai eu l’opportunité de travailler en tant qu’auteure. J’ai relu mes notes… C’était pas mal, vraiment. Ce n’était pas le moment pour mois de porter un projet aussi ambitieux mais maintenant ? Pourquoi ne pas recontacter l’éditeur pour en discuter ?

Et puis je suis plasticienne après tout, pourquoi ne pas me consacrer à mon art ? "Il faut suivre ses rêves" disent-ils. Bons, je les ai déjà suivi mes rêves. C’était bien, c’était glamour, c’était mondain mais les coulisses étaient vraiment déprimantes.

En réalité je ne suis pas vraiment enthousiaste à l’idée de signer pour des heures de bureau et 5 petites semaines de congés payés par an. Je ne suis pas enthousiaste à l’idée de "rentrer dans le rang". J’ai, depuis l’obtention de mon diplôme (il y a 10 ans déjà) majoritairement travaillé en tant qu’artiste, vivant de mes droits d’auteur ou de mes ventes, ou en free lance dans un domaine très permissif et "rock’n’roll". Evidemment, ma vie a changé, avec l’arrivée de Jean j’ai envie d’avoir du temps libre, une vie privée. Car la vie d’artiste c’est 24H/24 7J/7. C’est vivre bouffée par l’angoisse. En tout cas pour moi. Je n’ai jamais connu la légèreté de la création, en tout cas pas quand la création était mon gagne pain. Je ne veux plus des impératifs mondains et "lifestyle" qui accompagnent ce genre de vie. Car les acheteurs, les galeristes, les éditeurs, bref les gens qui font vivre un travail artistique, ça se rencontre et ça se séduit. Parfois le travail suffit mais pas à chaque fois. Les soirées, les rendez-vous créa et les réseaux sociaux, je n’en peux plus. Vraiment. Depuis que je suis avec Jean je me suis retrouvé et je ne compte vraiment pas me lâcher. Peut-être qu’une routine… si tous les soirs à 19h je suis libre jusqu’au lendemain, tous les vendredis jusqu’au lundi… Peut-être que ça me conviendrait. Ne pas avoir d’impératifs sociaux "lourds", avoir un salaire fixe et un statut viable, la retraite, les arrêts maladie, la possibilité d’un crédit… J’ai passé toutes mes études à travailler d’arrache pied pour pas un sou et je devais cumuler les jobs sur mon temps libre, et je n’en ai pas un si mauvais souvenir que ça après tout. Le plaisir de créer sur son temps libre et vivre une vie d’artiste en parallèle… C’était mon projet de départ. Ma psy m’encourageait à me lancer sans filet de sécurité, d’être artiste pleinement. Je l’ai écouté. Peut-être que mon plan de départ était mieux adapté.

Je ne ferai pas l’erreur de trop réfléchir à la question. J’arrête là les nœuds dans le cerveau. Je laisse l’instinct me guider dorénavant.