Les dents de la sagesse

Immobile

J’ai passé les derniers jours immobilisée par de lourdes douleurs et de fortes fièvres. Plus que quelques jours avant l’opération.
J’ai beaucoup lu, peint quelques toiles, pas mal cuisiné, très peu mangé, téléphoné aux amis...
Je n’avais pas peint depuis des années. Le regard de Kylian était trop pesant. Il nourrissait une rivalité artistique féroce qui me laissait muette et décontenancée. Finalement, je n’ai plus produit que via des médias qui ne l’intéressaient que peu ou qu’il dénigrait. Il suivait des cours aux beaux arts tandis que je m’étais fait violence pour suivre des études de sciences humaines à fortes influences scientifiques, étant persuadée que cela m’assurerait un avenir plus stable. Je continuais à peindre entre deux cours et ses amis des beaux arts accordaient un grand intérêt à mes toiles. Kylian était très contrarié et rabaissait ouvertement mon travail. Au fil du temps, il a soigneusement rangé (caché) mes toiles avant que ses copains n’arrivent. J’avais si peu confiance en moi que j’étais prête à me mettre en retrait pour assurer la paix entre nous. Je m’en veux tellement d’avoir cédé à cette facilité là. La facilité est toujours la mauvaise voie.
Je peine à travailler la photographie. Je n’ai pas les moyens de développer en chambre noire (sans parler de mon capital pulmonaire) et travailler sur un écran… ça ne me motive pas ces derniers temps.

Impatiente d’être libérée de ces dents acérées qui me grignotent de l’intérieur.